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Monsieur Je-Sais-Tout et la grande bouffe

grandebouffe.1203794661.jpgMonsieur Je-Sais-Tout est allé visiter le Salon de l’Agriculture. Pas comme d’autre. il n’a rien mangé et il n’a rien bu. Car Monsieur Je-Sais-Tout est aussi Monsieur Boit-Rien-Bouffe-Rien. Mais Monsieur Je-Sais-Tout n’est jamais à court d’idées. Une idée par jour. Et deux parfois. Il vadonc demander que la gastronomie française soit élevée au rang de Patrimoine Mondial de l’Humanité. C’est vachement important.

Monsieur Je-Sais-Tout va plaire a toutes les cultures qui consomment des nourritures raffinées. En Asie, en Afrique. Cuisine indochinoise, cuisine indienne… Et même tout près de chez nous. Bon, les anglais, c’est pas terrible. Mais la cuisine italienne est loin d’être mauvaise…

Mais tout ceci sera au final bien futile. Car, ceux qui seront les plus heureux de voir ainsi consacrée la cuisine française seront les millions d’humains qui ne bouffent pas à leur faim.

Bravo, Monsieur Je-Sais-Tout. Dans le genre délicat, vous avez encore gagné !

Vol de jour

Le téléphone sonne enfin. Voilà une heure que j’attendais.
– Salut Grand Vizir. Ca y est, on décolle.
– C’est pas trop tôt.
– Oui, je sais, Vizir. On a eu un problème. Je te raconterai. On va rattraper cela. Tu vas voir, on va être à Beauvais en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. A tout à l’heure !
Mon disciple veut m’emmener en avion.
Je pense qu’à l’époque de son entrée dans ma vie, il aurait bien aimé être le disciple de quelqu’un d’autre. Il avait les yeux de Chimène pour un calife local hâbleur et embrouilleur, d’origine incertaine.
Ce calife l’avait posé là.
Je l’ai découvert un jour, le cul répandu sur mon fauteuil, ses sales doigts sur le clavier de mon ordinateur, me narguant de sa grande superbe (pas si haute que ça). Il était là, disait-il, pour écrire une thèse sous la direction du calife. En vrai, il plumitivait des écrivailleries foireuses sur un sujet totalement bidon concernant l’orientation des chauffeurs d’autobus.
Il utilisait des méthodes éprouvées de la psychologie expérimentale : il leur faisait apprendre et réciter l’itinéraire. Quand ils ne savaient pas, il les frappait. Seulement, quand on les mettait au volant, ils avaient tellement d’yeux au beurre noir (le record fut de sept yeux chez un seul sujet) qu’ils ne voyaient plus la route. C’est ainsi qu’on retrouva un 48 assurant la ligne A du RER et qui fut désintégré le premier jour. Un autre, suivant en cela l’exemple du thésard, s’envola. L’ennui c’est qu’il n’a pas atterri. On vient d’en signaler un dernier près de Novosibirsk, en panne pour avoir cassé un essieu.
Ainsi préparé à l’orientation, mon disciple (qui n’était pas encore mon disciple car il avait les yeux de Chimène pour qui vous savez), décida d’appliquer ces préceptes d’orientation à son orientation sociale personnelle. Il se mit à flatter tout le monde, tous les califes et même moi qui n’étais rien, en vue d’obtenir une prébende dans le monde universitaire. Mais le calife qui le califait ne le qualifia pas. Je crois qu’il en fut tout marri. Alors, il se mit à nous targuer de haut nous menaçant des pires sévices. Mais comme chacun sait, les universitaires sont des personnes insensibles à la flatterie.
– Etrons, nous dit-il, vous n’êtes que des mini habentes (pluriel de « minus habens »). Je pars. Je pars là où d’immenses étendues sont libres pour les conquérants comme moi. Je vais apprendre à voler en F17 et je reviendrai vous détruire d’une pichenette de missile. Tremblez, professeurs et maîtres-assistants de tous poils qui ne voulez de mon génie suprême. Vos jours sont comptés avant votre désintégration.
Et, contre toute attente, il partit.
D’aucuns furent bien contents, car pour l’obtention des places, cela faisait un concurrent de moins. Les mois passèrent, nous ne pensâmes plus à lui.
Et voici qu’il revint avec un brevet de pilote. Mais comme il était fort désargenté, il ne put que louer un ULM d’occasion. Et pour se venger de l’avoir oublié, il nous bombarda de pastèques pourries, puis se tournant vers nos visages dégoulinant de pulpe et de pépins, il déclara :
– Douillou avé jobfort mi ?
– Téléphoner maison ?
Il s’exprimait dans un sabir que nous ne comprenions guère, car c’était du vrai américain d’Amérique, cette langue vernaculaire utilisée par les cow-boys. Mais, comme il s’était éloigné longtemps de ses yeux, le Calife l’avait oublié lors de la dernière distribution des emplois de la couronne. Alors, se tournant vers moi, il me dit:
– Tu vois, être, je reviens d’une longue aventure où mille opportunités se sont offertes à moi chaque jour: J’ai possédé des trésors fabuleux, j’ai dirigé de grandes compagnies, les plus belles actrices d’Hollywood se sont battues pour recevoir une injection de mon génie, j’ai disposé de la puissance et la gloire…
Puis, voyant mon œil atone, il s’interrompit subitement. Son visage exprimait un désarroi absolu :
– En vrai, Grand Vizir, je voudrais être ton disciple.
Nul ne peut être insensible à qui le traite de Grand Vizir, sauf que Grand Calife pouvait aussi faire l’affaire.
Bien lui en prit. Car, grâce à mes attentifs conseils, le voici Maître de Conférences prestigieux, dans une prestigieuse université française.
Pour me remercier de son disciplinat, mon disciple décida de m’envoyer en l’air.
Le téléphone raccroché, je m’empresse donc vers mon véhicule de catégorie supérieure, adapté à non standing personnel. Quelques kilomètres vite accomplis et me voici à l’aéroport international de Beauvais-Tillé qui, à l’époque n’était pas ce qu’il est advenu. C’était un aéroport où seuls trois ou quatre charters se posaient par an. Pour le reste, le trafic était composé d’avions particuliers pour des personnes de qualité… Comme moi.
C’est là que mon disciple, qui a donc coutume de m’appeler Grand Vizir, doit venir me chercher pour me faire jouir d’un survol de la Picardie normande et de la Normandie picarde. Il m’a promis des sensations fortes.
… Il me prend pour un blaireau, comme si je n’avais jamais pris l’avion… Mais cela ne fait rien. Il faut être compréhensif avec les humbles.
Toutefois, cette insistance à me mettre en l’air m’intrigue quelque peu. Je me demande s’il n’a pas l’intention de me précipiter pour m’occire et prendre ma place. Tous les disciples souhaitent supplanter le maître, et celui-ci surpasse les autres par sa flagornerie mielleuse. A tout hasard, je me suis armé.
L’aéroport international de Beauvais-Tillé est désert, comme à l’accoutumée, dans un brouillard à couper au couteau. Le marchand de journaux a fermé sa boutique depuis 47 jours. Je découvre enfin un immigré lascif armé d’un balai à qui je demande où se trouve l’accueil et qui me répond dans un sabir glauque :
– Toi y en a qu’à crier ou taper dans les mains.
J’accomplis illico la divine incantation. Je crie en tapant dans les mains :
– Holà, manants ! C’est le Grand Vizir. Y a-t-il créature vivante ici ?
Aussitôt apparaît l’hôtesse d’accueil, le cheveu en broussaille, qui rajuste un sein qui déborde de son corsage, suivie du directeur qui rajuste ses pudenda dans son haut de chausses. Ce dernier s’incline profondément devant moi.
– Excusez-nous, Maître Grand Vizir. Il y a si peu d’activité ici qu’on était en train de se donner un peu d’exercice. Autrement, nous prenons du poids, assis sur nos chaises à ne rien faire. Le médecin a dit qu’il fallait nous agiter un peu. Alors on s’agite.
Puis, tapant à son tour dans ses mains :
– Holà, larbins immondes, crie-t-il alentour. Notre Vizir nous fait l’auguste honneur d’une visite inattendue. Préparez tout.
Aussitôt une nuée de serviteurs serviles sort de toute part, certains rajustant des parties de chair, comme l’hôtesse, d’autres écartant des parties de cartes. Un tapis rouge, s’installe à partir de mes pieds, mais les pauvres hères ne semblent pas savoir dans quelle direction le dérouler. Le directeur s’incline de nouveau vers moi :
– Noble et généreux Vizir, accepteriez-vous de me dire ce qui nous vaut l’honneur de cette visite inattendue ?
– Je vais prendre l’avion.
– Allez, esclaves. Notre Vizir va prendre l’avion. Déroulez le tapis rouge jusqu’à l’avion.
Il me regarde servilement.
– Mais, Vizir, il n’y a point d’avion.
– Point d’inquiétude, serviteur. Mon avion va venir. C’est mon disciple qui le pilote. Mais auparavant, je souhaiterais boire un café.
– Mais certainement, Vizir suprême. Comment n’y ai-je pas pensé. Si vous voulez bien me suivre jusqu’en mon salon d’accueil. Je vous fais porter sur le champ cette réconfortante boisson. J’ai coutume de prendre une hôtesse avec mon café. Vizir Glorieux, en souhaitez-vous une aussi ?
J’entre dans le salon en question dont le désordre témoigne des usages locaux. Je me promets de faire trancher la tête de ce directeur à la première occasion pour avoir osé me proposer une hôtesse ayant déjà servi. Mais pour l’heure, j’ai besoin de lui. Il a posté des guetteurs tout autour, sur les toits. Je savoure un café totalement dégueulasse me promettant de faire crever les yeux, à la deuxième occasion, de l’abruti qui l’a préparé.
Dans la flagorneuse agitation ambiante, je crois percevoir dans le talkie-walkie du directeur qui renvoie les conversations de la tour, que mon avion est annoncé. Mais, je fronce les oreilles quand j’entends :
– Ici Charter Air 3452 en provenance de Mers les Bains. Je demande l’autorisation d’atterrir.
– Ici le disciple du Vizir. Disciple Airlines. Je demande l’autorisation d’atterrir.
C’est bien ma chance ! Juste là, au moment où je dois embarquer sous les applaudissements, un charter arrive. Tous des pauvres.
Et voici que la tour, car il y a une tour à Tillé, cause :
– Ici la tour. Disciple Airlines, c’est quoi comme compagnie ? Je ne connais pas. Alors faites pas chier. Attendez. Charter Air vous pouvez atterrir. Prenez la piste sens nord-sud. Brouillard épais. Visibilité nulle. La température au sol est inconnue, mais probablement supérieure à –273°. Quant au vent, je ne sais pas d’où il vient, ni à quelle vitesse il va. Je vous rappelle que vous ne devez pas survoler la rue de l’Orangerie, sinon vous vous ferez tirer dessus. Par contre vous pouvez passer en rase-mottes au dessus du garage Renault parce qu’ils m’ont baisé dans ma dernière facture. S’il vous reste un peu de kérosène, larguer leur dessus pour tacher les costards des clients…
– Déroulez le tapis rouge jusqu’au parking de CharterAir, s’écrie le directeur.
J’éclate de rire. Troublé, il me précise :
– Maître Noble Vizir, je fais dérouler le tapis rouge pour préserver vos semelles afin qu’il n’y ait pas trop de crottes de chien quand nous allons devoir les lécher. Puis-je vous faire respectueusement observer que ce n’est pas drôle.
– Directeur, tu n’es qu’un âne. Dans ta bêtise tu es là à croire que ce qui est gros est forcément attaché au Vizir. Je vais donc bien rire à voir les grands-pères et les grands-mères du charter en provenance de Mers les Bains marcher sur ton tapis rouge.
– Votre avion n’est pas le gros ?
– Non, crétin, c’est le petit. Dès qu’il est au sol, conduis-moi vers lui afin que j’y monte.
– Vous voulez dire que votre avion c’est le petit zinc de merde de Disciple Airlines, piloté par l’ergonome déplumé ?
– Comment sais-tu que c’est un ergonome déplumé ?
– Parce que j’ai reconnu sa voix. Tous les week-end il vient tourner autour de la rue de l’Orangerie pour faire chier le mec qui habite là et regarder sa femme qui prend des bains de soleil. La prochaine fois, ça va être marrant parce que le mec vient de s’acheter une DCA et il va le descendre.
– N’empêche que le petit zinc de merde piloté par l’ergonome déplumé, c’est pour moi. Alors tu laisse ces braves gens de Charter Air atterrir en paix avec ou sans tapis rouge, puis tu me fais atterrir pas trop loin le petit zinc de merde piloté par l’ergonome déplumé. Et l’on se dépêche, parce que je suis venu pour voler, pas pour parler.
– Ah oui, Vizir Valeureux. Il ne sera pas dit que j’aurai failli à mes devoirs.
Le directeur empoigne son talkie walkie.
– La tour. Ici le directeur. L’avion du Vizir noble et généreux n’est pas le gros. C’est le petit.
– Vous voulez dire que son avion c’est le petit zinc de merde de Disciple Airlines, piloté par l’ergonome déplumé ?
– Oui. Alors dégagez Charter Air et laissez atterrir en priorité Disciple Airlines.
– Oui, Monsieur le Directeur. Charter Air, dégagez à droite ou à gauche, mais dégagez. Laissez atterrir le petit zinc de merde piloté par l’ergonome déplumé . Disciple Airlines vous pouvez atterrir. Prenez la piste sens sud-nord. Brouillard épais. Visibilité nulle. La température au sol est inconnue, mais probablement supérieure à –273°. Quant au vent, je ne sais pas d’où il vient, ni à quelle vitesse il va. Je vous rappelle que vous ne devez pas survoler la rue de l’Orangerie, sinon vous vous ferez tirer dessus.
Le directeur se tourne vers moi.
– Voyez Vizir Majestueux. Tout est fait pour votre service. Votre digne aéroplane sera dans quelques instants à vos pieds. Je vous accompagnerai jusqu’à l’aile. Je baise vos mains et vos chaussures qui ont marché sur le tapis rouge.
Ensemble nous sortons des bâtiments de l’aéroport, côté pistes. Comme ils sont un peu à court de tapis rouge, des sous-hommes en déroulent un au fur et à mesure devant mes pieds tandis que d’autres l’enroulent au fur et à mesure après mon passage. Le talkie-walkie émet toujours des borborygmes.
– Directeur, ici la tour. Charter Air dit qu’il est trop engagé dans son approche pour renoncer à atterrir. Je fais quoi ?
– Dites-lui de se tirer avec son putain d’avion.
– Charter Air, tirez-vous avec votre putain d’avion.
Je lève les yeux vers le ciel. A ce moment, le brouillard se dissipe d’un coup. Au nord, le putain d’avion, le gros Charter Air est prêt à toucher la piste. Au sud, mon avion, piloté par l’ergonome déplumé, aussi !
Merde. Ce con de contrôleur a envoyé les deux avions l’un contre l’autre. Et le pilote de Charter Air probablement si furieux qu’il continue et mon disciple, aveuglé par la brume ne voit rien.La catastrophe semble inévitable jusqu’au moment où le pilote de Charter Air prenant sans doute conscience des risque que son entêtement lui fait courir remet les gaz à fond s’élève de quelques mètres et vire à droite dans un hurlement de réacteurs.Quelques instants plus tard, mon avion s’immobilise devant moi pendant que Charter Air s’écrase tranquillement au milieu de la ville. Mon disciple descend, accompagné de deux femmes.
– Salut, Grand Vizir. Prêt à décoller ?
– Prêt à décoller, mon disciple.
Le directeur s’incline très profondément :
– Grand Vizir, tout le personnel de l’aéroport s’incline à tes pieds et te remercie de ta glorieuse visite. Tu as pu apprécier notre habileté dans la gestion du contrôle aérien. Nous regrettons que tu montes dans un petit zinc de merde piloté par un ergonome déplumé. Car nous formons les pires inquiétudes concernant ce qui va t’arriver avec ce pilote-là. Toutefois, saches que s’il mésadvenait que tu soies victime de la hargne forestière de ce serpent, saches bien que nous n’aurons de cesse avant de t’avoir vengé et précipité ce monstrueux dans la géhenne fétide de sa malfaisance accomplie. Saches, O mon Grand Vizir empreint de majesté suprême…

Quelques minutes plus tard je suis installé inconfortablement dans une cabine étriquée, avec un casque sur les oreilles et mon disciple effectue ses vérifications avant le décollage.
Ces vérifications faites par mon disciple valent leur pesant de couscous. Elle comprennent : Etude avancée sur ordinateur de la répartition des passagers en fonction de leur poids, avec invitation à procéder à diverses mictions et défécations pour alléger le tout ; examen attentif de toutes les vis, boulons, écrous ; lecture de la check-list avec re-lecture autant de fois que nécessaire jusqu’à l’obtention du silence absolu dans la cabine avec respect manifeste pour le pilote ; conversations avancées et répétées avec la tour du genre « Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, est-ce que je peux lever le petit doigt ? », « Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO est-ce que je peux respirer ? », etc., etc..
Enfin, après un siècle d’avanies, l’avion s’ébranle, roule, roule, roule et s’élève enfin.
Le commentaire perfide jaillit inévitablement de la bouche du pilote incompétent :
– Qu’est-ce qu’on était lourd.
Toujours aimable. Il est vrai qu’à cette époque, j’avais un certain embonpoint. Mais la correction, tout de même, était de n’en point faire cas. Est-ce que je me permets de dire quelque chose à propos de la calvitie précoce de mon disciple. D’ailleurs je serais gêné, car on a coutume d’associer la calvitie à une bonne sécrétion d’hormones sexuelles mâles. Alors moi qui suis et resterai plein de cheveux jusqu’à ma mort. C’est humiliant, tout de même.
Pour détendre l’atmosphère, j’émets un souhait :
– Disciple, je voudrais survoler Beauvais.
– Tu rêves Vizir, c’est interdit. On n’a pas le droit de survoler Beauvais.
Voilà, ça commence. On m’invite à voler, en promettant monts et merveilles et dès que j’émets le moindre souhait, on me refuse tout. Puisque c’est ainsi je ne vais pas rester une minute de plus dans ce petit zinc de merde piloté par un ergonome (vous remarquerez que je ne fais plus d’allusion à ce que vous savez). Je vais aller voir le directeur de l’aéroport pour qu’il m’affrète un Boeing. J’annonce :
– Puisque c’est comme cela, je veux descendre. Où sont les parachutes ?
– Il n’y a pas de parachutes.
– Comment, pas de parachutes ? Me voilà livré aux caprices des vents et d’un pilote tyrannique qui veut m’interdire de m’épanouir personnellement par la visite aérienne de cette cité superbe. Saches, Disciple, que tu me déçois profondément. Que je regrette déjà d’être à bord et privé de mes droits civiques d’aller et venir comme bon me semble. Je vais donc te donner lecture de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen qui stipule que :
Art.1 Tous les hommes naissent libres et égaux en droits.
Art.2 Les vizirs sont libres de voler où bon leur semble.
Art.3 Tout pilote d’avion doit obtempérer quand un vizir donne un ordre.
Je prends conscience du complot. On m’emmène en avion dans un petit zinc de merde piloté par un ergonome… fou et méchant et il n’y a même pas de parachute. Je vois. On me veut du mal. J’ai bien fait d’emmener un pistolet. J’exhibe mon arme.
– Pas de cris. Ceci est un détournement avec prise d’otages. Et maintenant on survole Beauvais sans discuter.
Mon disciple est mort de peur. Son visage fait semblant de se foutre de ma gueule. Oui, mais je sais qu’au fond du fond de lui, il crève de peur.
Enfin, il était temps que l’autorité soit rétablie dans cet avion.
Pourtant, voilà que le pilote cause :
– La tour. Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO. J’ai un détournement avec prise d’otage. Le bandit voudrait survoler Beauvais. C’est interdit non ?
– Ecoute mon pote, déjà que tu nous déranges avec ton bruit. Alors tu fais pas chier avec ton détournement et tout ça. Ici c’est un aéroport international, tu comprends. Ya un avion pour Dublin le vendredi soir qui revient le dimanche soir plus un ou deux charters par an. Ca nous épuise. Heureusement, de temps en temps ya un Charter Air qui s’écrase. Ca diminue le trafic. Le reste du temps, on fait de la maintenance. C’est fou ce qu’on a comme maintenance à faire, maintenance du bar, maintenance des fauteuils pour la sieste, maintenance des hôtesses. Alors, tu survoles ce que tu veux. Sauf la rue de l’Orangerie parce que tu vas te faire tirer dessus.
– Roger.
– Je m’appelle pas Roger. Je m’appelle Antoine. Salut mec.
Mon disciple se retourne vers moi:
– Tu vois, c’est interdit de survoler Beauvais.
– Je ne déduis pas de ce propos qu’on ne doit pas survoler Beauvais. J’ai entendu « survole ce que tu veux sauf la rue de l’Orangerie».
Mon disciple s’énerve.
– Et bien moi je n’ai pas envie de survoler Beauvais.
Et voici qu’il ne regarde d’un regard pénétrant. Et il ose ajouter :
– D’abord c’est une ville de merde habitée seulement par des cons. Ensuite, il y a la cathédrale, la plus haute d’Europe. Alors on va se la prendre dans la gueule. Si on en réchappe, il y aura ce con de la rue de l’Orangerie qui va nous tirer dessus. Enfin, si on est encore vivant, probabilité infime, on va se faire cramer par l’incendie de toute la ville provoqué par le crash de Charter Air.
– Je vois. On invite le vizir pour lui faire visiter le monde et on commence par le priver de tout ce dont il a rêvé des nuits durant depuis des mois. Je vois. Mon plaisir est gâché dès les premiers instants. Disciple, tu m’as profondément blessé. Je vais tuer un otage.
Ma menace l’intimide.
– Bon. D’accord. Vizir, nous allons survoler Beauvais.
– Et la rue de l’Orangerie aussi.
Disciple sursaute.
– Et la rue de l’Orangerie aussi. Ca va pas non ?
– Je vais tuer un otage. Je veux survoler cette rue. Elle est sublime.
– Mais on va se faire tirer dessus.
– On ne tire jamais sur un Vizir. Dis-toi bien cela, disciple. Et même, si cela arrive, tu devras prouver ton habileté en slalomant entre les obus.
Et je conclus :
– Disciple, montres-nous que tu es un pilote, un vrai. Ou alors, je tue un otage.
Mon disciple est piqué au vif. Je sens que sa fierté le conduit là où je désire.
– Tu veux aller rue de l’Orangerie. Eh bien, on va y aller dans ta rue de l’Orangerie. Allez, en piqué. Vizir, a partir de cet instant tu es mon navigateur. Séquence d’acquisition de cible. Introduction des caractéristiques : maison avec DCA habitée par un con qui se prépare à nous tirer dessus.
Le premier survol de la rue de l’Orangerie se passe sans incident. Nous pouvons admirer la sublime propriété toute entourée d’espaces verts et de bassins où des naïades s’ébattent gracieusement parmi les fleurs et sous l’ombrage des micocouliers.
Je me marre. Personne n’a tiré. Tout cela n’était que foutaises.
– Tu vois, disciple, il ne se passe rien.
– Très bien. Deuxième passage. Acquisition de la cible. Missile numéro 1. Paré. Vizir, tu vois ce bouton rouge. Si on nous tire dessus, tu appuies dessus.
– Très bien disciple.
Et joignant le geste à la parole :
– J’appuie sur le bouton rouge… Oh merde ! C’est parti !
Le missile nous quitte vivement et va détruire la maison de la rue de l’Orangerie. En quelques instants, ce ne sont plus que ruines, arbres fracassés, naïades déchiquetées.
– Disciple, je dis, ce n’est pas bien grave. C’était juste un exercice. Mais sait-on qui habite rue de l’Orangerie ?
Mon disciple éclate de rire, de ce rire immonde des malfaisants intrinsèques nés pour détruire et répandre le malheur dans le monde.
– Tu ne sais pas qui habite rue de l’Orangerie, Grand Vizir ! Mais c’est toi.
Merde, c’était moi. C’est vrai. J’avais oublié. Ce disciple avait commencé son entreprise pour devenir calife à la place du vizir. J’affirmai mon arme dans ma main. Tout à l’heure, ce salaud aurait son compte. Je ne pouvais pas le tuer maintenant, je ne savais pas piloter l’avion.
– Assez, disciple. On s’en va.
– On ne repasse pas pour finir de détruire la maison du con qui…
– Non. On ne détruit plus rien. On n’est pas là pour détruire, mais pour aimer notre prochain. Disciple, on s’en va. Cap sur la mer.
– A tes ordres, vizir. Cap sur la mer.
Je range mon arme.
Mon disciple est un maniaque. Il a lu dans un bouquin qu’on doit s’annoncer à tous les contrôles aériens, même les plus minuscules. En quelques minutes nous étions au dessus d’Amiens. Voilà que disciple cause dans son micro.
– Contrôle Amiens. Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, en provenance de Beauvais et me dirigeant vers Abbeville.
– Ici contrôle Amiens. Tu veux quoi, mec ? T’as un problème ? T’es nerveux, tu as envie de pisser, t’es en MayDay ? Bon, maintenant tu te casses. J’ai un programme spécial de maintenance à mettre en œuvre avec une petite stagiaire du contrôle aérien du septième ciel. Alors tu me lâches la grappe. Tu te tires vers le nord, l’est, l’ouest ou le sud. Adieu Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO.
– Roger.
– Je ne m’appelle pas Roger. Je m’appelle Philippe.
– Roger Philippe. Je note.
Un quart d’heure plus tard on survolait Abbeville.
– Contrôle Abbeville. Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, en provenance de Beauvais et me dirigeant vers Le Crotoy.
– Ici contrôle Abbeville. Tu veux quoi, mec ? T’as un problème ? T’es nerveux, tu as envie de pisser, t’es en MayDay ? Bon, maintenant tu te casses. J’ai un programme spécial de maintenance à mettre en œuvre avec un petit stagiaire bien giron du contrôle aérien du septième ciel. Alors tu me lâches la grappe. Tu te tires vers le nord, l’est, l’ouest ou le sud. Adieu Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO.
– Roger.
– Je ne m’appelle pas Roger. Je m’appelle Jean-Marc.
– Roger Jean Marc. Je note.
Et pareil au contrôle du Crotoy, du Touquet. Ca n’arrête pas de jaspiner. Ca me gonfle ! J’interviens pour élever le niveau du débat.
– Je suis pas là pour entendre toutes ces conneries. Je veux survoler la mer. Je veux me retrouver seul au milieu de l’océan comme Mermoz au centre de l’Atlantique. Je veux sentir l’odeur d’algues monter jusqu’à moi. Je veux respirer infiniment l’infinitésimal infini. Je veux être délivré des chaînes de la vie citadine et putride, monter dans le ciel et approcher l’Etre Suprême.
– On ne va pas survoler la mer, Vizir.
– Et pourquoi ne survolerait-on pas la mer, Disciple ?
– Parce que si on avait une panne on ne pourrait pas atterrir.
Voilà bien l’aviation moderne. Voler au dessus des pistes pour le cas où. Fini le temps où le moindre décollage était synonyme de jouer sa vie au casino. Adieu Blériot, adieu Lindbergh, adieu Radiguet, adieu Mermoz, adieu Saint-Exupery qui vécût seul sans personne avec qui parler véritablement jusqu’à une panne dans le désert du Sahara parce ce quelque chose s’était cassé dans son moteur…
Je m’apprête à reprendre mon arme pour contraindre Disciple à élever son âme lorsque la radio borbore.
– Allo, Objet volant non identifié. Ici le contrôle de Dieppe. Donnez votre nom, prénom, adresse, date de naissance, numéro de Sécurité Sociale, pointure des chaussures. Chasseurs prêts à décoller si non réponse immédiate. Identifiez-vous !
– Ici Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO. Tu veux quoi mec. T’as des contractions. T’as pas de programme spécial de maintenance à accomplir avec un ou une stagiaire du contrôle aérien. T’es tout seul. T’as rien d’autre à faire que de m’emmerder.
– Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, votre licence vous sera retirée pour ces propos fétides.
Cette avanie réveille Disciple :
– Accrochez vous.
Et s’adressant à moi:
– Navigateur, préparez l’acquisition de la cible pour destruction de ce connard de Dieppe
– Allo Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, ici Dieppe. Je vous sens hostile. Hissez le drapeau blanc.
Disciple m’interpelle:
– Navigateur, hissez le drapeau noir.
Je hisse.
– Disciple 237-456-XLK-987-22-TRQ-KRO, vous hissez le drapeau noir, nous lançons les chasseurs
– Dieppe, vous n’êtes qu’un blaireau fossile. Vos chasseurs, je vais les empailler. Je vais en faire du steack tartare, du boudin antillais, de l’andouillette de Troyes, du hachis Parmentier, de la purée de carottes.
Pendant qu’il raconte sa carte, mon écran radar s’anime. J’interviens :
– Deux hostiles au 421.
Sans hésiter, Disciple m’ordonne:
– Alors essayez à la Belotte. Armez missiles.
– Missiles armés.
– Grattez l’allumette
– Allumette grattée
– Attention… Feu !
Quand il s’en donnait la peine, Disciple était vraiment un pilote hors pair. On allait enfin rompre la monotonie de ce vol fastidieux.
Le premier missile alla s’encastrer dans le Ferry de Newhaven qui explosa immédiatement et sombra dans le port en quelques instants. Le second missile nous entra dans le cul, Mais c’était un F15 hostile qui l’avait lancé. Cet événement sembla troubler Disciple.
– Vizir. J’ai un trou dans le cul.
– Le contraire m’eût étonné à moins que tu ne soies mal formé.
– Vizir Crétin. On a un trou dans le cul de l’avion. C’est pas habituel de voler comme cela. Les gaz s’échappent.
– Disciple matérialiste, saches qu’il y a mille façons de piloter un avion. La façon désespérée et désespérante qui est la tienne et la façon poétique qui est la mienne. Nous allons donc continuer en déclamant des vers.
– Vizir, nos passagères !
– Quoi, nos passagères ?
– Elles ne sont plus là !
– Oh, mortel, arrête de compter comme cela. C’est mesquin. L’important c’est la mission que Dieu nous a confiée. Pilote, mon disciple, pilote afin que je puisse armer le missile rédempteur qui purifiera le monde.
Le missile lancé par mes soins, arracha la bouteille de Jameson que l’autre débile du contrôle de Dieppe était en train de boire. Du coup, sa tour fut transformée en chaleur et lumière, ce pauvre type se retrouvant assis sur un tabouret haut du bar de l’aérodrome avec un double J&B dans les mains et hurlant qu’il voulait absolument du Jameson et que le J&B, c’était de la merde.
Le troisième missile, lancé par on ne sait qui, atteignit la gare SNCF de Dieppe, détruisit les bâtiments, le train en correspondance du ferry qui ne servait plus à rien puisque le navire était coulé et qui de toute façon ne serait pas parti parce comme d’habitude les cheminots étaient en grève. La destruction se produisit sous les vivats de la foule enthousiaste de voir réduit en cendres gare, trains et ces connards tout le temps en grève.
Le quatrième missile ne fut pas retrouvé. Certains pensent qu’il y a peut-être un rapport avec la disparition, ce jour là, d’un Airbus d’Air Lingus qui assurait la liaison Dublin-Paris Charles de Gaulle et qui devait se trouver dans les parages. Mais aucune preuve n’a pu être apportée.
Par l’anus artificiel pratiqué par le missile dans la coque de notre avion s’échappaient diverses substances et morceaux. Il était à craindre que cette dysenterie mécanique ne provoque quelque incident fâcheux. Disciple, comme d’habitude semblait incapable de tout. Il était temps que je reprenne les choses dans mes mâles mains.
– Disciple, il faut nous poser.
Il n’était plus question de nous poser sur la piste de l’aérodrome, car elle était pleine de trous de bombes et l’on risquait encore de rencontrer un hostile ou l’autre contrôleur à la con qui n’avait pas de stagiaire pour s’occuper. Je choisis donc la promenade du front de mer. Disciple, au plus bas psychologique, réussit à poser l’avion. Ceci fut fait avec fracas, mais sans pertes sous les acclamations de la foule enthousiaste dès qu’elle me reconnût comme Phileas Fogg accompagné de son valet. Le maire fit un discours et nous conduisit au restaurant Les Arcades où un vin d’honneur nous attendait. Là, toutes les célébrités virent me saluer: Georges Marchais, Adamo, Patrick Poivre d’Arvor, Jacques Chirac, Boris Eltsine, Margaret Thatcher. Chacun et chacune me demandait le nom du petit homme qui se trouvait près de moi et me félicitait d’avoir emmené mon valet en avion alors que d’autres patrons moins progressistes l’auraient laissé courir derrière.
A chacun et chacune, je répondais : « Regardez le bien. C’est mon disciple. Alors, bientôt ce sera votre maître. »
———-
Dix ans après, le disciple est devenu Vizir et même Calife 737. Il n’a point déçu mes espérances. Quand il décolle ou atterrit toute la Chine l’acclame. A ma connaissance, il est le seul prof de fac à être devenu pilote de Boeing. Pour ce faire, il a courageusement dominé toutes les avanies et tous les pièges qu’on lui a tendus. Il ne s’est pas brûlé les ailes même si elles ont eu chaud, quelquefois.
Il a toujours le crâne déplumé. Même davantage. En tenue de pilote , cela fait vraiment classe.
Quand il a quitté l’Université, il m’a dit qu’il n’avait pas beaucoup aimé l’histoire ci-dessus que je croyais pleine d’affection. Mais on me dit toujours que mon ironie est… spéciale et qu’il faut me connaître. Aujourd’hui je la publie avec fierté, car voilà un disciple qui n’est pas devenu comme son maître. Beaucoup pourraient s’en inspirer.
Cet unique voyage que je fis dans un si petit avion m’a laissé un souvenir impérissable. Surtout de notre atterrissage à Deauville avec un gros avion devant et un gros avion derrière. Chacun d’entre nous, parvenu à une certaine « maturité » sait bien qu’il n’a pas atteint ce qu’il aurait pu atteindre. Sans que ce soit forcément de sa faute. A l’époque où nous enseignions ensemble et où j’avais des responsabilités, il m’avait proposé des thèmes de séances très originaux. Je lui avais dit : « Vas-y, essaie ».
Je ne croyais pas si bien dire.
© Jean Pierre Dufoyer & Les éditions du Vizir. 9.11.1998 – 10.02.2008

Monsieur Je-Sais-Tout et les programmes scolaires: 2- Instruction Civique et Morale

Afin de venir à l’aide de Monsieur Je-Sais-Tout et de son vizir qui s’efforce de rénover efficacement les programmes scolaires, je viens à son secours sur les sujets de l’instruction civique et de la morale.

Je commencerai par dire que le civisme, ce n’est jamais que la morale « citoyenne ». C’est pourquoi, les thèmes de réflexion que je vais proposer ci-après concernent aussi bien la sphère publique que la sphère privée.

Sujet n°1: Est-il moral qu’un patron, quels que soient ses mérites gagne des milliers de fois plus qu’un travailleur de son entreprise ?

Sujet n°2: Est-il moral qu’un élu du peuple, en position de responsabilité, profite de cette situation pour se faire offrir bénéfices et prébendes ? Donner la liste des hommes politiques de premier plan concernés. Donner les motifs de leur inculpation. Donner la liste des condamnations puis traiter le sujet n°3.

Sujet n°3: Est-il moral qu’un juge fasse durer pendant des années une instruction afin de ménager un homme politique ayant été élu maire de la capitale ?

Sujet n°4: Est-il moral ou tout le moins civique de faire la fête avec ses amis dans l’un des restaurants les plus chers de la capitale juste après avoir été élu Président ?

Sujet n°5: Est-il moral de dépenser d’énormes sommes du trésor de l’état pour affréter un avion privé pour être à temps pour boire un verre de champagne ?

Sujet n°6: Est-il moral de promettre un ministère pour obtenir un ralliement politique ?

Sujet n°7: Est-il moral, quand on est maire, d’utiliser du personnel rémunéré par sa commune pour ses besoins privés ? Est-il moral, malgré une condamnation, de continuer à s’afficher avec arrogance ?

Sujet n°8: Est-il moral, et à tout le moins civique, de refuser d’implanter sur sa commune des logements sociaux et de laisser cette charge à d’autres communes d’un bord politique différent ? Est-il moral, et à tout le moins civique, en la circonstance, de ne pas appliquer la loi ?

Sujet n°9: Est-il moral, alors que le baril de pétrole brut atteint des sommes très élevées, de continuer à maintenir une taxe proportionnellement la même sur l’essence et le gazole pénalisant ainsi les travailleurs qui ont besoin de leur véhicule pour se rendre à leur travail ?

Sujet n°10: Est-il moral, alors que le baril de pétrole brut atteint des sommes très élevées, d’en profiter pour toujours augmenter les profits d’une société pénalisant ainsi les travailleurs qui ont besoin de leur véhicule pour se rendre à leur travail ?

Sujet n°11: Est-il moral, et à tout le moins civique, de traiter une adversaire politique de « salope » ?

Sujet n°12: Est-il moral, pour des raisons de règles d’immigration, de séparer des enfants de leurs parents, ou des couples, ou des familles ?

Sujet n°13: Est-il moral que les Conseils d’Administartion de nombre de très grosses entreprises soient composées d’une proportion importantes de conseillers qui sont toujours les mêmes qui s’entre-votent rémunérations pharaoniennes et stock-options juteuses ?

Sujet n°14: Est-il moral de licencier des travailleurs, en l’absence de difficultés financières, juste pour augmenter les bénéfices et les dividendes ?

Sujet n°15: Est-il moral de préférer contrôler l’identité des basanés ou des noirs plutôt que celle des faces roses.

Sujet n°16: Est-il moral de loger des travailleurs ou des familles dans des conditions d’hygiène et d’espace inacceptables tout en percevant un loyer usuraire ? Est-il moral de le savoir de de n’y point mettre bon ordre ?

Sujet n°17: Est-il moral de s’imiscer au dernier moment dans l’affaire des infirmières bulgares, au risque de faire tout échouer, pour se faire de la publicité personnelle ?

Sujet n°18: Est-il moral de recevoir comme un chef d’état une personne qui a du sang sur les mains ?

Sujet n°19: Est-il moral de condamner légèrement la délinquance « en cols blancs » et sévèrement la délinquance en survêtements ?

Sujet n°20: Est-il moral de se faire élire en promettant d’être le « Président du pouvoir d’achat » tout en sachant que « les caisses sont vides » ?

Sujet n°21: Est-il moral de faire voter en douce un traité que les électeurs ont refusé par référendum ?

Sujet n°22: Est-il moral de faire savoir qu’on offre à sa maîtresse une montre dont le prix correspond à plusieurs années de travail d’un travailleur ?

Sujet n°23: Est-il moral de presque doubler son salaire alors qu’on a déjà un train de vie totalement pris en charge par l’état ?

Sujet n°24: Est-il moral ou tout le moins civique de cumuler les mandats électoraux au risque de ne pas les exécuter convenablement ?

Voici quelques questions posées vite-fait. Naturellement, toutes les questions que mes lecteurs voudront bien ajouter en commentaire seront reprises à adressées à Monsieur Je-Sais-Tout

Monsieur Je-Sais-Tout et les programmes scolaires: 1- le Français

Monsieur Je-Sais-Tout, souvenez-vous en, avait prévu de modifier les programmes scolaires. Il a notamment demandé un plan à son Vizir, le Ministre de l’Education qui s’est plié, naturellement aux exigences du Calife. Mais comment faire pour permettre aux enfants de baigner dans un bain linguistique profitable ?

J’ai donc décidé de faire quelques propositions que voici:

1- Les parents devront s’exprimer devant leurs enfants dans un français châtié et académique. L’usage des gros mots sera naturellement interdit. A la première faute, l’intéressé recevra un avertissement. A la deuxième, un blâme. A la troisième, il sera condamné à une peine de prison comprise entre un et trois mois. En cas de récidive, la peine sera doublée. En cas de seconde récidive, elle sera quadruplée, et ainsi de suite.

2- Compte tenu de leur position sociale, les hommes et femmes politiques, les animateurs et présentateurs de télévision, les journalistes, etc, devront se plier aux mêmes règles. A la première faute, l’intéressé recevra un avertissement. A la deuxième, un blâme. A la troisième, il sera condamné à une peine de prison comprise entre quatre et douze mois, sera révoqué s’il s’agit d’un salarié, ou destitué s’il s’agit d’un homme politique. Il sera privé de ses droits civiques pendant un an, à vie s’il s’agit d’un ministre ou du Président de la république. S’il s’agit du Ministre de l’Education, il sera condamné, comme peine supplémentaire à conjuguer tous les verbes du dictionnaire à toutes les personnes, à tous les temps, à tous les modes.

moliere.1203533190.jpg3- A partir du 1er septembre 2008, toute personne prétendant à un emploi public ou à un mandat électoral devra subir un examen comprenant une rédaction, une dictée et un exposé sur une oeuvre d’un poète, d’un grand écrivain ou d’un philosophe français. Sa note devra être dans le quartile supérieur des notes obtenues par un échantillon représentatif de la population française.

4- Entre 16 heures et 20 heures, les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis, MSN et autre forme de messagerie instantanée par Internet sera interrompu. Toutes les chaînes de télévision accessibles en France, par tous les moyens de diffusion, diffuseront les programmes de la Radio-Télévision Scolaire. Les programmes seront répartis entre les chaînes pour que tous les niveaux scolaires et toutes options bénéficient d’un programme adapté. Aucun autre programme ne pourra être diffusé, sauf s’il présente des critères suffisants du point de vue des qualités de narration et de syntaxe.

5- Les journaux et les magazines feront l’objet d’une surveillance approfondie. La presse de qualité (quotidiens, hebdomadaires, nous savons bien lesquels…) sera subventionnée afin d’être distribuée au plus bas prix. Il en sera de même pour la diffusion des bonnes oeuvres romanesques, comme pour tous les films, téléfilms et plus largement toute oeuvre qui incorporera dans son cahier des charges le respect de la langue française. Mais on devra aussi respecter le principe de la liberté d’expression absolue sur tous sujets, y compris la pornographie, à condition que soient respectées les formes littéraires et artistiques, en favorisant la culture de l’art de la litote. Dans certains cas, des locutions inadaptées, voire grivoises seront admises comme témoignage anthropologique et vernaculaire d’une société vulgaire en voie de disparition.

6- Ces subventions seront financés par des taxes sur la presse vulgaire (nous savons bien laquelle), dite « pipole », sur les émissions de télévision flattant les instincts ordinaires dont il n’est pas besoin de faire l’inventaire tant celui-ci va de soi. Seront aussi taxées, les publicités qui contreviendront aux règles ci-dessus énoncées.

7- Les professeurs de français seront chargés d’une triple mission. Valoriser le travail et la rémunération de ceux qui, parmi eux, s’engageront totalement dans cette oeuvre d’intérêt national. Mais ils devront accepter de vouer aux Gémonies ceux qui ne collaboreront pas. Ils devront aussi veiller à ce que les prescriptions ci-dessus énoncées soient bien respectées. Ils disposeront pour cela, si nécessaire, des force de la Justice, de la Police, voire de l’Armée. Mais ils devront aussi accomplir leur tâche dans un esprit coopératif et libertaire afin de conduire la France vers la République de l’Esprit.

Les W.C. du 6ème, Avenue du Bel Air

Ceci est un court extrait d’une oeuvre en cours d’écriture publié pour le divertissement de certains reptiles.

Malgré mes préoccupations, l’ascension me sembla toute aussi longue qu’à l‘accoutumée. Une fois le sommet atteint, j’empruntai un peu essoufflé l’étroit couloir où se succédaient les portes des chambres « de bonnes ». Cette expression était d’ailleurs fort convenue. Car, depuis des mois où j’habitais ce lieu perché, j’aurais bien aimé rencontrer une jeune bonne esseulée qui eût accepté d’être bonne avec moi. Peine perdue. Pas un être humain. Quelque fois, le bruit d’une clef qu’on tournait dans une serrure et d’une porte qu’on ouvrait et refermait. Sans doute quelque Barbe Bleue de l’immeuble qui venait contempler ses victimes desséchées. Et toutes mes espérances de partager mon lit froid avec la douce chaleur d’une jeune espagnole ou portugaise ou polonaise ou de quelque nationalité que ce soit, s’étaient évanouies.

Par contre, ce qui avait persisté, c’était l’odeur des W.C.. Vu les témoignages archéologiques d’anciennes et abondantes mictions et autres choses encore, il y avait donc eu un temps où ce couloir avait été habité. La pièce de ces commodités, devenues olfactivement fort incommodes, était pourtant agréablement située plein sud-est, agrémenté d’une grande fenêtre permettant au franc soleil matinal d’entrer sans honte et de réchauffer les parties dévêtues de l’usager. Et l’on ne craignait même pas l’indiscrétion de regards voyeurs, car il n’y avait point de vis-à-vis. Le regard portait même jusqu’à la montagne aux singes du Jardin Zoologique et je n’imagine pas que des babouins porteurs de jumelles puissent s’intéresser un seul instant à l’état matinal de mes pudenda. Et même si cela était, car j’ai remarqué que ces animaux ont une forte tendance copulatrice, l’éloignement me garantissait une totale sécurité.

Ce local eût donc présenté de fort grands avantages s’il n’avait présenté deux inconvénients majeurs. Le premier était la présence d’une cuvette dite « à la Turque », ce qui interdisait de longues stations assises à contempler le soleil du matin, voire le lever du soleil, sur le bois de Vincennes.

De longue date, j’ai développé une haine farouche envers ce type d’appareil. On me dit qu’il s’agit de dispositifs très hygiéniques qui évitent tout contact avec la peau et que, de cette façon, il n’y a pas de risque de transmission de maladies. Cet argument serait tout à fait recevable si les usagers des toilettes à la Turque perdaient l’habitude de répandre leurs productions ailleurs que dans le trou destiné à cet usage. On en retrouve généralement sur les espaces destinés à poser les pieds, ce qui oblige l’usager qui ne veut point continuer à conchier l’espace à mille contorsions. Il y a aussi les effets des chasses à « effet d’eau » qui s’obstinent dans un malin plaisir à promener tous les objets flottants dans les diverses rigoles et qui épuisent leurs cours avant même que la crue n’ait porté toutes ces choses immondes dans le trou.

Ceci me fit développer un fort a priori envers l’endroit. Toutefois, découvrant peu à peu que j’en étais probablement le seul usager, je décidai donc de l’améliorer et de le bichonner. Cette tâche fut ardue.

Sur toute la cuvette, et même au-delà, et, à dire vrai sur toutes les surfaces quasi horizontales, on pouvait observer des couches jaunes et peu ragoûtantes, témoignant, comme des strates paléontologiques des périodes de peuplement. Malheureusement, il n’y avait point de ces inscriptions qui ornent fréquemment les murs de ces lieux. Car si elles sont parfois d’une banalité éprouvante, certaines témoignent d’un goût littéraire prolongé, jamais pour la litote, mais parfois pour le néologisme. Je n’en veux pour preuve que ce message que j’ai trouvé un jour dans les toilettes de l’Hôtel des Société Savantes à Paris : « j’empoutâfre (sic) la connasse vierge ».

De même, toute peinture rupestre avait disparu. Il ne restait rien de l’histoire ancienne de ces lieux que ces dépôts calcaires et nitreux recouvrant toute la faïence, si jamais il y en eût, et tous les abords et même les derniers quarante centimètres du tuyau de la chasse d’eau. Ce n’était pas vraiment la saleté, car il y avait un bail ou plusieurs que les mictions et les défécations abandonnées hors du conduit, avaient été réduites, désagrégées et évaporées. Non, c’était surtout cette lourde épaisseur de tartre compissé qui répandait une forte odeur acre d’ammoniaque corrompu.

J’avais courageusement entrepris une rénovation ardente, à l’aide de produits adaptés. L’entreprise ne fût cependant pas complètement couronnée de succès tant les fossiles étaient anciens et résistants. Faute de pouvoir détruire, j’entrepris donc de masquer à l’aide de produits déodorants ce qui n’apporta qu’une très relative amélioration. De plus, il me semblait que tout nouvel usage du dispositif rénovait l’odeur comme s’il provoquait une renaissance des miasmes.

Le crash de Monsieur Je-Sais-Tout dans les sondages

Comme nous le savons, Monsieur Je-Sais-Tout, a au moins une idée chaque matin en se rasant. Mais, oh malheur suprême, ce matin, aucune idée. Non, pas le moindre petit morceau de mouche ou de vermisseau. C’est tout l’ennui des fastueuses nuits. Elles contentent la chair mais délitent l’esprit.

Alors, Monsieur Je-Sais-Tout se tait. Il n’a plus rien à dire oui mais…

Le dernier sondage BVA ne donne plus que 39% d’opinions favorables. Mon Dieu !

pleure.1203447944.jpgAlors, Monsieur Je-Sais-Tout revient aux anciennes recettes. Une fournée d’expulsions, par exemple. Mais les ingrats disent que Le Pen ferait mieux. Une promesse aux taxis qui ne coûte rien puisque ce sont les clients qui payent. Mais les clients regardent leur porte-monnaie avec détresse et commisération.

Alors, désespéré, Monsieur Je-Sais-Tout se rend chez ses conseillers en communication qui se débandent en bande. Pudenda molla ! Il n’en reste qu’un, un petit, un transfuge recruté chez les trosko- marxisto- stalino- bakouniniens. Faute de mieux, Monsieur Je-Sais-Tout se tourne vers lui.

– Comment faire pour être en première page demain, demande Monsieur Je-Sais-Tout.

Et l’homme lui tend un « touenneti tout longue rail feulle ».

Dies iræ, dies illa
Solvet sæclum in favilla,
Teste David cum Sibylla !

Quantus tremor est futurus,
quando judex est venturus,

cuncta stricte discussurus !

Tuba mirum spargens sonum
per sepulcra regionum,

coget omnes ante thronum.

Mors stupebit et Natura,
cum resurget creatura,
judicanti responsura…

 

L’exemple d’un capitaine d’active pour un soldat gauchiste

C’était pendant mon service militaire. Cela fait donc bientôt 40 ans. Sursitaire, après avoir été éjecté comme un malpropre des services généraux de la caserne Dupleix, à cause d’une enquête de la Sécurité Militaire révélant des photos de moi pendant les évènements de mai 1968, je me suis retrouvé secrétaire de la première compagnie du 56ème Régiment de Place, installé à Vincennes. Travail administratif moyennement intéressant de secrétaire, avec machine à écrire et papier carbone. J’y trouvais mon compte, je rentrais chez moi presque tous les soirs sauf quand j’étais de garde.

Dans le bureau où je me trouvais, s’agitait un adjudant paranoïaque (excellent pour compléter ma formation) auquel je portais peu d’intérêt. Par contre, dans le bureau voisin siégeait le capitaine qui commandait la compagnie. Nous n’étions séparés que par une espèce de passe-plat de petite taille par lequel circulaient toutes sortes de papiers et de cahiers et de registres de permission, dans les deux sens. Ce n’était pas la grande intimité, mais nous avions parfois quelques échanges qui ne manquaient pas de piment entre le militaire de carrière sorti du rang et le jeune universitaire antimilitariste et gauchiste. Au fil du temps, sans doute à cause de notre sincérité une certaine estime était venue. J’avais, et je l’ai toujours eu, une certaines admiration pour les militaires qui ont un certain sens de l’honneur et du devoir.

Ce capitaine avait « fait » l’Algérie et n’en parlait qu’à mots couverts derrière lesquels on soupçonnait des souvenirs lourds à porter. mais, comme nombre de militaires de carrières devenus officiers par la promotion et ayant une période de combats à leur actif, il avait un grand respect des hommes, et je pense, derrière tout cela, un grand respect de leur vie. Je l’imaginais bien capable de sacrifier des vies par respect des ordres reçus, mais tout aussi soucieux de ne pas les exposer inutilement.

Lorsque s’approcha la fin de mon temps de service, nous fûmes amenés à produire quelques performances sportives, sans doute pour évaluer quels hommes nous étions devenus. Parmi celles-ci, il fallait courir 10 kilomètres, distance qui ne paraissait énorme. Nous partîmes sur le stade, capitaine en tête avec un ou deux sous-officiers, les autres ayant trouvé bon de s’épargner en restant sur la touche. Au fil des tours du stade, les distances entre les coureurs augmentaient. Il y eut des abandons, et ceux qui finirent dans des temps raisonnables. Sauf moi. J’étais toujours en piste, alors qu’il me restait encore un ou deux kilomètres, sous les encouragements à terminer. Mais je sentais que là, seul face à ma souffrance, l’abandon était imminent.

C’est alors que le capitaine se mit à courir devant moi. Il avait déjà fait ses dix kilomètres et était quand même un peu fatigué.
– Suis moi, me dit-il simplement.

Et, ménageant sa vitesse pour ne pas me décourager tout en maintenant une allure que je pouvais suivre, au prix, dois-je le dire d’efforts épouvantables comme si l’intérieur de mon corps allait se désintégrer, il me conduisit à la ligne d’arrivée.

 

Signez l’appel républicain

Il se passe de drôles de choses dans notre République. L’actuel Président avait bien promis la rupture. Rupture il y a, mais pas seulement telle qu’elle avait été annoncée.
Un gouvernement marginalisé, dont le travail s’avère pré-mâché par les conseillers du Prince. Rupture.
Un Président qui semble déserter la fonction, parlant tour à tour comme croyant ou comme laïc. Rupture.
Un Président qui veut mettre la politique en chiffres, comme s’il s’agissait de vendre des petits pois. Rupture.
Un Président qui entend diriger ses équipes comme un manager d’hypermarché, distribuant bons et mauvais points, primes ou sanctions. Rupture.
Un Président qui reste chef de parti et dont le domaine réservé est davantage la Mairie de Neuilly que la politique de défense. Rupture.
Un Président qui prétend substituer au débat contradictoire traditionnel entre majorité et opposition la mise en scène des divergences entre ses courtisans et ses ministres. Rupture.
Un Président qui affirme devoir être heureux pour gouverner le pays. Rupture.
Un Président qui annule ses rendez vous du soir et du matin pour vivre pleinement son couple. Rupture.

La liste est longue des stupéfiantes innovations, que, volontairement ou involontairement, Nicolas Sarkozy a introduit dans la politique présidentielle. Ce nouveau cours suscite donc des inquiétudes, une anxiété même. C’est cette anxiété, qui risque bien de s’amplifier dans les semaines et les mois à venir, que traduit l’appel républicain de dix-sept hommes et femmes politiques que nous reproduisons ci-dessous. On ne doit pas se tromper sur sa signification : si des personnalités politiques de premier plan qui ont l’habitude de s’affronter sur la scène publique depuis des années, prennent le risque de s’afficher au bas d’un même texte à quelques jours d’un scrutin dont le président lui a annoncé qu’il serait politique, si cet appel a recueilli la signature de plusieurs hommes et femmes politiques de la droite républicaine, c’est bien que le contexte politique créé par huit mois de sarkozysme est totalement inédit.
A lire. A méditer.
Avant d’agir ?

Pour une vigilance républicaine

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu’ils entendent réaffirmer.
– Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.
– Leur attachement aux fondamentaux d’une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.
– Leur attachement à l’indépendance de la presse et au pluralisme de l’information.
– Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l’indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l’Histoire de la République.

Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancien ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atmantiques
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancien ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l’Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Cher
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d’études et de recherches gauliennes

Pour signer: cliquer ici

Chasse à courre à Villiers le Bel

Aujourd’hui, grand jour de chasse.
Des centaines de poulets se sont répandus dans certaines communes de banlieue pour râfler 38 malfaisants soupçonnés d’avoir participé aux dernières émeutes: 33 ont été interpellés. Pour aller vite, disons 30 poulets pour un malfaisant. La chasse a été bonne. C’est un peu comme la chasse à courre quoi. Des cavaliers, des hommes à pied, des chiens pour se faire un seul cerf. On a le sens du rapport de force.

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Mieux encore, la presse avait été informée. Gentille presse. On lui permet d’avoir de « bonnes » images de mauvais sujets enchristés. La chasse sera donc bien racontée au bon peuple avec force illustrations. On espère bien qu’il y aura quelques belles scènes où des malfaisants résisteront bien pour pouvoir montrer et démontrer la détermination des forces de police, de leurs chefs, de leur ministre et au final de leur grand calife.
Nous voici donc revenus au temps des jeux du cirque. Pas encore celui des exécutions publiques. Mais celà ne saurait tarder. Je pense que les bons camarades de TF1 sauront vite se mettre au parfum. Au lieu de Koh-Lanta, on pourrait lâcher des mauvais sujets dans une banlieue dégueulasse. Et avec des fusils à balle réelle, des deux côtés bien sur. Et puis des grenades . C’est fou ce qu’on s’amuserait.

Lire: Rue89 Villiers: marre des médias, des flics et des voyous