Catégorie dans 01-Un monde plein de trous

Pécresse ou la dinde de Noël

Je me souviens qu’à l’époque où se tramait la LRU (Loi du Ravage Universitaire), un collègue avait écrit une tribune dans le Monde pour se demander à quoi pourrait bien servir cette loi dans la mesure où les universitaires s’étaient toujours arrangés pour faire un peu comme ils voulaient. Cette idée n’était pas totalement inexacte. Mais tout le monde se mit à rêver d’universités où le pouvoir cesserait de nous faire chier sur des sujets auxquels il ne connaissaient rien. Ou nous demander de résoudre la quadrature du cercle en formant et en spécialisant les étudiants pour le marché du travail pendant qu’on disait aux citoyens qu’il faudrait désormais changer de métier plusieurs fois dans sa vie.

Alors, notre méfiance est tombée. Un peu inquiets, toutefois, de cette précipitation estivale du vote de la loi. Puis chacun a vaqué à ses occupations.

Et voici que les objectifs sournois se révèlent. La Pécresse d’H.E.C., avec sa mafia, nous avait concocté une bonne merchandisation du savoir. L’Université devenait Société Anonyme, le Président P.D.G. et tutti quanti.

On s’est réveillé un peu tard. Mais c’est fait ! Et puis Monsieur-Je-Sais-Tout nous a fait l’offrande, le 22 janvier, d’un de ses discours marqués du sceau de l’excrément. Tous ceux qui doutaient encore ont franchi le Rubicon !

Et voilà que la pauvre Pécresse, en service commandé, comme la Dati, se fait rouler dans la farine ou pire encore. Elle pond et repond des adaptations à son décret de merde sans avoir pris conscience que c’est toute la L.R.U. qu’ont vouait maintenant aux Gemonies. Il y a bien un ou deux syndicats croupion pour s’en satisfaire. Ses petits camarades cacophonent et la désavouent. Quant au Grand Chef, c’est tout comme. Après avoir soufflé sur les braises, il urine dessus à gros bouillons pour les éteindre. Sans se rendre compte que Pécresse est dessous. De toute façon, elle est plumée !

Université: Tout a été dit. On ne peut avoir raison contre tout le monde !

Voilà. Sur les questions relatives à la loi LRU, il est probable que tout a été dit, ou presque. Les universitaires sont des hommes et des femmes de science: ils ont maintenant décortiqué cette loi qu’on avait fait voter en catimini au mois d’août 2007. Le catimini est une mauvaise chose. Il n’est pas rare qu’il vous pète à la gueule.

Presque toutes les universités sont engagées dans des actions.

Tous les conseils, CNESER, CPU, etc… ont donné des avis négatifs.

Il y a même des gens de l’UMP pour trouver que cette loi est mauvaise.

Même le peuple qui n’est pas très informé de ces questions et qui prend volontiers les universitaires pour des fainéants commence à se dire que, pour que ça dure et aussi fort, c’est qu’il doit y avoir quelque chose de louche.

Une coordination étudiante vient de lancer un appel, fort, à la grève.

Nos gouvernants sont face à leurs cachotteries, leurs ignorances et leurs injures. En persistant, ce sont eux les fauteurs de troubles.

On ne peut avoir raison contre tout le monde.

Université: les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail!

Par Pierre Jourde, écrivain et universitaire
(http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20090210/10490/universite-les-faineants-et-les-mauvais-chercheurs-au-travail)

Une poignée de mandarins nantis qui ne fichent rien de leurs journées et refusent d’être évalués sur leur travail, manifeste contre la réforme Pécresse pour défendre des privilèges corporatistes et une conception rétrograde de l’université. Au travail, fainéants!

L’ignorance et les préjugés sont tels que c’est à peu près l’image que certains journalistes donnent du mouvement des chercheurs, des universitaires et des étudiants qui se développe dans toute la France. Au Monde, Catherine Rollot se contente de faire du décalque de la communication ministérielle, en toute méconnaissance de cause. Le lundi 9 février, Sylvie Pierre-Brossolette, sur l’antenne de France Info, défendait l’idée brillante selon laquelle, comme un chercheur ne produit plus grand-chose d’intéressant après quarante ans («c’est génétique»!), on pourrait lui coller beaucoup plus d’heures d’enseignement, histoire qu’il se rende utile.

Il aurait fallu mettre Pasteur un peu plus souvent devant les étudiants, ça lui aurait évité de nous casser les pieds, à 63 ans, avec sa découverte du virus de la rage. Planck, les quantas à 41 ans, un peu juste, mon garçon! Darwin a publié L’Evolution des espèces à 50 ans, et Foucault La Volonté de savoir au même âge. Ce sont des livres génétiquement nuls. Aujourd’hui, on enverrait leurs auteurs alphabétiser les étudiants de première année, avec de grosses potées d’heures de cours, pour cause de rythme de publication insuffisant. Au charbon, papy Einstein! Et puis comme ça, on économise sur les heures supplémentaires, il n’y a pas de petits profits.

Mais que Sylvie Pierre-Brossolette se rassure: le déluge de réformes et de tâches administratives est tel que son vœu est déjà presque réalisé. On fait tout ce qu’il faut pour étouffer la recherche. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs passent plus de temps dans la paperasse que dans la recherche et l’enseignement. Ils rédigent les projets de recherche qu’ils auraient le temps de réaliser s’ils n’étaient pas si occupés à rédiger leurs projets de recherche. La réforme Pécresse ne fera qu’accroître cela.

Les journalistes sont-ils suffisamment évalués au regard de leurs compétences et de leur sérieux? Est-ce que c’est génétique, de dire des bêtises sur les antennes du service public?

On enrage de cette ignorance persistante que l’on entretient sciemment, dans le public, sur ce que sont réellement la vie et le travail d’un universitaire. Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu’on puisse n’enseigner que 7 heures par semaine. Finissons-en avec ce ramassis de légendes populistes. Un pays qui méprise et maltraite à ce point ses intellectuels est mal parti.

La réforme Pécresse est fondée là-dessus: il y a des universitaires qui ne travaillent pas assez, il faut trouver le moyen de les rendre plus performants, par exemple en augmentant leurs heures d’enseignement s’ils ne publient pas assez. Il est temps de mettre les choses au point, l’entassement de stupidités finit par ne plus être tolérable.
a) l’universitaire ne travaille pas assez

En fait, un universitaire moyen travaille beaucoup trop. Il exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Autant dire qu’il n’est pas aux 35 heures, ni aux 40, ni aux 50. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Lectures de ces mémoires (en sciences humaines, une thèse, c’est entre 300 et 1000 pages). Rapports. Soutenances. Jurys d’examens. Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d’enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d’année, de département, d’UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances. Conseils d’UFR, conseils scientifiques, réunions de CEVU, rapports et réunions du CNU et du CNRS, animations et réunions de centres et de laboratoires de recherche, et d’une quantité de conseils, d’instituts et de machins divers.

Et puis, la recherche. Pendant les loisirs, s’il en reste. Là, c’est virtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d’articles, de livres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l’étranger. Quelle bande de fainéants, en effet. Certains cherchent un peu moins que les autres, et on s’étonne? Contrôlons mieux ces tire-au-flanc, c’est une excellente idée. Il y a une autre hypothèse: et si, pour changer, on fichait la paix aux chercheurs, est-ce qu’ils ne chercheraient pas plus? Depuis des lustres, la cadence infernale des réformes multiplie leurs tâches. Après quoi, on les accuse de ne pas chercher assez. C’est plutôt le fait qu’ils continuent à le faire, malgré les ministres successifs et leurs bonnes idées, malgré les humiliations et les obstacles en tous genres, qui devrait nous paraître étonnant.

Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche «médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche. Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros. Les voilà évalués, merci. Accessoirement, condamnons le président de la république à vingt ans de travaux forcés dans des campus pisseux, des locaux répugnants et sous-équipés, des facs, comme la Sorbonne, sans bureaux pour les professeurs, même pas équipées de toilettes dignes de ce nom.
b) l’universitaire n’est pas évalué

Pour mieux comprendre à quel point un universitaire n’est pas évalué, prenons le cas exemplaire (quoique fictif) de Mme B. Elle représente le parcours courant d’un professeur des universités aujourd’hui. L’auteur de cet article sait de quoi il parle. Elle est née en 1960. Elle habite Montpellier. Après plusieurs années d’études, mettons d’histoire, elle passe l’agrégation. Travail énorme, pour un très faible pourcentage d’admis. Elle s’y reprend à deux fois, elle est enfin reçue, elle a 25 ans. Elle est nommée dans un collège «sensible» du Havre. Comme elle est mariée à J, informaticien à Montpellier, elle fait le chemin toutes les semaines. Elle prépare sa thèse. Gros travail, elle s’y consacre la nuit et les week-ends. J. trouve enfin un poste au Havre, ils déménagent.

A 32 ans, elle soutient sa thèse. Il lui faut la mention maximale pour espérer entrer à l’université. Elle l’obtient. Elle doit ensuite se faire qualifier par le Conseil National des Universités. Une fois cette évaluation effectuée, elle présente son dossier dans les universités où un poste est disponible dans sa spécialité. Soit il n’y en a pas (les facs ne recrutent presque plus), soit il y a quarante candidats par poste. Quatre années de suite, rien. Elle doit se faire requalifier. Enfin, à 37 ans, sur son dossier et ses publications, elle est élue maître de conférences à l’université de Clermont-Ferrand, contre 34 candidats. C’est une évaluation, et terrible, 33 restent sur le carreau, avec leur agrégation et leur thèse sur les bras. Elle est heureuse, même si elle gagne un peu moins qu’avant. Environ 2000 Euros. Elle reprend le train toutes les semaines, ce qui est peu pratique pour l’éducation de ses enfants, et engloutit une partie de son salaire. Son mari trouve enfin un poste à Clermont, ils peuvent s’y installer et acheter un appartement. Mme B développe ses recherches sur l’histoire de la paysannerie française au XIXe siècle. Elle publie, donne des conférences, tout en assumant diverses responsabilités administratives qui l’occupent beaucoup.

Enfin, elle se décide, pour devenir professeur, à soutenir une habilitation à diriger des recherches, c’est-à-dire une deuxième thèse, plus une présentation générale de ses travaux de recherche. Elle y consacre ses loisirs, pendant des années. Heureusement, elle obtient six mois de congé pour recherches (sur évaluation, là encore). A 44 ans (génétiquement has been, donc) elle soutient son habilitation. Elle est à nouveau évaluée, et qualifiée, par le CNU. Elle se remet à chercher des postes, de professeur cette fois. N’en trouve pas. Est finalement élue (évaluation sur dossier), à 47 ans, à l’université de Créteil. A ce stade de sa carrière, elle gagne 3500 euros par mois.

Accaparée par les cours d’agrégation, l’élaboration des plans quadriennaux et la direction de thèses, et, il faut le dire, un peu épuisée, elle publie moins d’articles. Elle écrit, tout doucement, un gros ouvrage qu’il lui faudra des années pour achever. Mais ça n’est pas de la recherche visible. Pour obtenir une promotion, elle devra se soumettre à une nouvelle évaluation, qui risque d’être négative, surtout si le président de son université, à qui la réforme donne tous pouvoirs sur elle, veut favoriser d’autres chercheurs, pour des raisons de politique interne. Sa carrière va stagner.

Dans la réforme Pécresse, elle n’est plus une bonne chercheuse, il faut encore augmenter sa dose de cours, alors que son mari et ses enfants la voient à peine. (Par comparaison, un professeur italien donne deux fois moins d’heures de cours). Ou alors, il faudrait qu’elle publie à tour de bras des articles vides. Dans les repas de famille, son beau-frère, cadre commercial, qui gagne deux fois plus qu’elle avec dix fois moins d’études, se moque de ses sept heures d’enseignement hebdomadaires. Les profs, quels fainéants.

Personnellement, j’aurais une suggestion à l’adresse de Mme Pécresse, de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l’évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n’a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d’une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd’hui.

Université : Pourquoi Valérie Pécresse (et d’autres) ne comprennent rien

Valérie Pécresse sort d’H.E.C. On y apprend plein de choses « enrichissantes ». Mais ce n’est pas un grand institut de recherche.
Elle a donc développé, dans sa ligne, une conception « commerciale » : la recherche est destinée à obtenir des brevets. Et à faire des affaires.

L’université s’est développée depuis des siècles autour d’un statut d’indépendance scientifique : les « franchises » universitaires qui garantissaient la liberté de penser, d’imaginer et de critiquer. Ce que les régimes totalitaires n’aiment guère. Ces régimes-là veulent qu’on pense dans le sens qu’ils indiquent. C’est bien sûr. Il fut un temps béni où la police n’entrait pas à la Sorbonne. La France a bien changé !
Mais les universitaires ne s’intéressent guère à la pensée « guidée ». Les universitaires recherchent la connaissance. La vraie. Pas celle des gourous. Celle qui est vérifiable ! Qu’elle soit agréable ou non à entendre. Qu’elle soit utile aujourd’hui, ou seulement demain. Ou dans cent ou mille ans. Car la connaissance n’est jamais inutile. C’est elle qui depuis les origines de l’humanité a fait le progrès.
Le progrès est « scientifique » (du verbe « savoir »).
Le progrès, c’est aussi, paradoxalement mieux connaître le passé de l’humanité.
Le progrès, ce n’est pas que seulement mettre des hommes sur la lune.
Le progrès, ce n’est pas que guérir certaines maladies.
Il y a d’ailleurs des progrès qui n’en sont pas, ceux qui font produire avec de bons brevets de bonnes armes de destruction massives.
Le progrès c’est tout ce qu’on découvre aujourd’hui et qu’on ne savait pas hier.
Les universitaires sont des hommes et des femmes de progrès, très souvent désintéressés qui ont le goût ou la passion d’un petit coin de connaissance. Ils savent bien que cela servira un jour. Mais ils ne savent pas quand. Ils savent aussi qu’il est aussi important de savoir ce qu’on ne sait pas ou qu’on ne sait pas encore. Ils n’ont pas honte de leurs ignorances. Ils ne les cachent pas. Ils les cultivent pour les vaincre.

Il y a aussi une autre chose qui énerve certains potentats : le principe de collégialité. Depuis des siècles, les universitaires se gouvernent entre eux. C’est vrai, cela peut sembler bizarre. Mais qui évaluera la recherche des astronomes, des physiciens, des médecins, des psychologues, des historiens, des exégètes de la Princesse de Clèves, sinon les autres astronomes, physiciens, médecins, psychologues, historiens, exégètes ? Ce n’est pas Madame Pécresse qui n’y connaît rien.
Évidemment, le principe de collégialité a ses défauts. Mais le moyen de faire autrement ? Les jeunes chercheurs sont aidés et évalués par des chercheurs plus anciens. Alors il y a des écoles de pensée, qu’on critique, à juste titre. C’est vrai qu’elle est parfois pesante, la pensée dominante. Mais il arrive toujours que d’autres esprits viennent lui tailler des croupières et orienter les recherches vers d’autres voies (« et pourtant, elle tourne »).
On finit bien par leur donner la parole, parce qu’on n’est pas si dogmatique qu’on croit. Et parfois ils surprennent. Au début. Au début seulement. Et c’est ainsi qu’apparaissent les grands précurseurs.
Mais est-ce en étant ministre ou Président qu’on devient un grand précurseur ?

Aujourd’hui, on voudrait qu’un certain mode d’organisation politique, économique et social pilote la recherche. Un modèle mondial qui vient de s’effondrer misérablement entraînant dans son sillage des millions d’hommes et de femmes dans la pauvreté… Parce qu’il était aux mains d’une poignée d’ignorants, dont un grand nombre sortis des grandes écoles commerciales du monde entier.

Madame Pécresse et Monsieur Sarkozy s’énervent inutilement, parce que les universitaires, enseignants et chercheurs, ne trouvent pas ou ne courent pas forcément après les brevets qu’on peut convertir en euros à court terme. Ils n’ont rien en commun. Les universitaires regardent plus loin.
Ils regardent l’avenir de la science, l’avenir du monde et l’avenir de l’humanité.
Et en plus, ils ont l’audace d’enseigner cela.
On comprend que les régimes autoritaires ne les aiment pas.

Notre métier d’enseignant

Vu sous cet angle…
Il faut reconnaître que seule une révolution pourrait changer les choses !!

Actuellement, le temps de travail d’un enseignant de Collège ou de Lycée est de 18 heures par semaine (20 heures pour l’EPS).
C’est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par un décret datant de 1950. 18 heures par semaine ! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi peu pour d’aussi bons salaires ? Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux ? En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu’un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa  discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires.

En effet, le temps de travail légal de l’époque s’il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité d’environ 42h par semaine, sur 50 semaines.

Certes je l’avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances ? Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons:
D’abord, 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c’est pour les petites vacances (Toussaint, Noël, Pâques).
Donc notre temps de travail était annualisé.
Mais, et les 2 mois d’été alors ? Là, c’est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas d’ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau Bac +3. Mais à cette grille, il nous a été retiré 2 mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12 (pour recevoir un salaire chaque mois). Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 Euros par mois il recevra 24000 Euros par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 Euros par mois mais sur 10 mois, soit 20000 Euros par an.
Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 Euros par mois. Et oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances.

Oui bon d’accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre ! Soit, comparons : Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public.

Mais, à mes yeux, l’exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux qui éduquent ses enfants est le suivant :
Le salaire de départ d’un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC.
Aujourd’hui, il n’est plus que 1,2 fois plus élevé.
Autrement dit, si comme le PS  l’a écrit le SMIC augmentera de 25% au cours des 5 ans à venir (et l’UMP l’a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC. Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de notre situation ?

Je n’évoquerais pas les conditions de travail, l’évolution des élèves, les réunions multiples. Alors oui, le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le toiletter comme le disent nos gouvernements !
Mais dans quel sens ? En travaillant plus pour gagner autant ?

Laurent TARILLON,
Enseignant de sciences économiques et sociales,
Grenoble

 

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Evaluer la recherche : 2- L’évaluation par les pairs ou par la « bibliométrie » ?

Désormais des évaluations supplémentaires sont demandées à une instance ad hoc : l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. Mais concernent-elles vraiment la recherche ? Sont-elles  centrées sur la qualité de la découverte  ? Doivent-elles nécessairement et exclusivement conduire à des brevets sources de profits ?
Rien n’est moins sûr…Difficile de prédire sans aucun recul quelles seront les trouvailles les plus fructueuses.
Ces évaluations s’intéressent  essentiellement au classement de la France dans les  différents « Hit Parades » des universités (classement de Shangaï, par exemple). Elles sont fondées sur des critères « bibliométriques ». Il s’agit du nombre de publications et du nombre de citations de ces publications dans des revues à haut « impact factor », qui concernent quasi uniquement des revues anglophones considérées dans les bases de données internationales (ISI Web of Knowledge, Harzing Publish or Perish, PubMed..).
Ce qui compte, ce sont les articles comptabilisés. Le NOMBRE d’articles ! Ainsi, pour la carrière d’un enseignant-chercheur vaut-il mieux 100 petits articles en langue anglaise, à partir de travaux qui confirment ou développent des résultats déjà connus et/ou sur des problématiques rapides, qu’une petite dizaine bien étoffées sur des thèmes chronophages, innovants ou risqués.
Et les évaluateurs ne peuvent pas lire en détail. C’est plus rapide de compter. Et, bien qu’experts, ils n’ont souvent qu’une très idée très relative de la particularité de la thématique de chacun. Et puis… eux aussi doivent aller vite : ils doivent publier ! Sans compter qu’ils peuvent être juges et partie dans la compétition pour des financements.

 

Les « bibliométriciens » comptent alors que ces méthodes ont fait l’objet de plusieurs dizaines d’articles pour les dénoncer, même dans des revues internationales comme  « Nature » ou « Current Biology » réputées pour leur sérieux.
Veut-on être classé dans la compétition ? Toutes les dérives sont permises, sont encouragées. Personne n’est dupe, sauf les jeunes qui apprennent… très vite le mode d’emploi. On divisera un bon article complet pour en faire une série, comme à la télévision. On publiera les mêmes résultats sous des emballages différents de façon à convenir à différents types de revues (version courte, version allongée, version fondamentale, version pour les applications, version pour les médecins, version pour les biologistes…). Dans la publication on citera autant que possible les articles déjà parus dans cette revue, cela augmentera l’impact factor de la revue, et du même coup celui de l’auteur ! On n’oubliera pas de citer les évaluateurs potentiels et les collègues et amis, qui vous citerons en retour, voire même leur demander d’être co-auteurs. S’ils renvoient l’ascenseur, on doublera la mise (le nombre de publications).
Souvent moyennement intéressantes ou redondantes, nombre de publications sont comptabilisées mais jamais lues ! A quoi bon ? Certaines sont stériles (car les résultats ne sont pas reproductibles), voire même trafiquées et font perdre un temps considérable.
Des passionnés font de la recherche longue et innovante. Certains, ayant trouvé quelque chose de nouveau, préfèrent publier dans des revues dites de rang C (non comptabilisées), pendant que d’autres cachent certaines hypothèses ou procédures de peur qu’on les leur vole. De telles pratiques sont avérées ou soupçonnées au point que de nombreuses revues scientifiques internationales et agences de financement aient ajouté dans leur formulaire une rubrique « conflit d’intérêt » : les auteurs peuvent y faire figurer une liste d’experts à qui le manuscrit ou le projet ne doit pas être confié.
Qu’en est-il alors de l’avancement des connaissances et de la réflexion dans la méfiance, la compétition pour les publications et les financements, la prévalence des écoles de pensée dominante ?

 

La résistance sera difficile, les nouveaux codes de mauvaise conduite sont déjà très bien installés.
Enfin, quelques mots encore pour les enseignants-chercheurs, qui refusent d’être évalués. Il faut savoir qu’ils sont déjà évalués par leurs pairs dans des commissions élues démocratiquement à chaque étape de leur carrière : promotions, habilitations à diriger, demande de délégation auprès d’organismes de recherches, acceptation dans un Master ou une école doctorale,  demande de financement de leurs projets de recherches. Et à chaque fois qu’ils soumettent un article dans une revue scientifique, ou une communication dans un congrès scientifique national ou international, sans oublier par 100 voire jusqu’à 1000 étudiants (200 ou 2000 yeux et oreilles) différents chaque semaine. Il faudrait vraiment être très fort pour tromper tout ce monde-là !

 

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Evaluer la recherche : 1- L’évaluation par les pairs ou par l’agence ?

Faut-il évaluer la recherche ?
Le contexte actuel voudrait qu’elle le soit, et même qu’elle le soit de façon rigoureuse. Il est incontestable que, dans la mesure où celle-ci procède des fonds public que les chercheurs doivent rendre compte.
Oui, certainement. Mais…
Et voici que se posent d’immenses problèmes.
On traitera rapidement des recherches plus ou moins appliquées ou utilitaires dont l’intérêt industriel ou social va de soi. Personne ne pourra contester qu’une meilleure connaissance de la psychologie de l’enfant permettra d’améliorer les méthodes éducatives et pédagogiques. Il en sera de même pour la recherche pétrolière et, à l’opposé, tout ce qui touche à la protection de l’environnement. Personne ne mettra en cause la recherche médicale.
Oui, certainement. Mais…
Qu’en est-il de la recherche fondamentale ? Celle qui, apparemment ne sert à rien. Et qui, peut-être ne sert vraiment à rien. Et qui, peut-être, a contrario, ouvrira des perspectives gigantesques. L’histoire des sciences est pleine d’exemple de chercheurs originaux ou décalés qui ont eu toutes les peines du monde à convaincre.
Qui aurait pu évaluer les recherches des époux Curie ? Les recherches de Pasteur ? Les travaux de Freud ? Lesquels découlaient, il faut s’en souvenir, des expériences d’un original nommé Charcot qui travaillait sur l’hypnose. Qui aurait pu évaluer Charcot ? Toutes les disciplines ont leur chien galeux qui s’est un jour révélé apporteur d’hypothèses géniales.
Car les hommes sont ce qu’ils sont. Il y a des écoles de pensée. Il y a des pensées qui dérangent. Il y a des dérangements qu’on ne peut accepter. On peut même prévoir que l’hypothèse géniale a moins de chance de naître et/ou d’être reconnue dans l’univers scientifique dominant, forcément réductionniste, que dans le décalage par essence un peu saltimbanque.
Et puis il arrive que l’hypothèse « géniale » se révèle fausse. Mais on ne le saura que parce qu’on aura pris la peine de tenter de la vérifier. Perdu ! Il y a des fois où cela ne marche pas et on ne publie pas. Et sera-t-on déshonoré pour avoir imaginé une hypothèse non vérifiée ? Car c’est ainsi que fonctionne le travail scientifique.
Et puis il y a les autres recherches qui ne servent à rien. Quid des pièces de monnaie enlisées dans le limon du Nil ? Les astronomes qui cherchent des trous noirs peuvent intéresser l’humanité puisqu’ils essaient de nous expliquer l’origine de l’univers. Mais les pièces de monnaie du Nil ? Qui cela intéresse-t-il vraiment, à part quelques frénétiques passionnés. Et tous ces historiens, déchiffreurs de grimoires ? A part s’en inspirer pour un jeu télévisé ! Et pourtant, ces pièces de monnaie, ces grimoires médiévaux, sont autant de composants de notre civilisation, qui oublie assez souvent d’être civilisée.
Qui va évaluer les astronomes ? Des astronomes plus savants. Qui va évaluer les archéologues ? Des archéologues plus savants. Et plus on monte, moins il y a de chances de trouver un « plus savant ». Et qui va évaluer le plus savant de tous ? L’agence gouvernementale ?

L’histoire des sciences nous a appris qu’au final, elle ne se régulait pas si mal. La recherche est une histoire humaine, organisée par des humains, avec tout l’enthousiasme et toutes les faiblesses dont les humains peuvent être capables. Laissons donc les scientifiques chercher en paix, débattre, se disputer. Croire qu’ils sont indifférents à l’intérêt public et à l’argent public est une lourde erreur. On peut leur demander certains efforts. C’est évident. Mais il n’y a pas de quoi bouleverser et casser leurs structures de travail.

Le temps évalue les recherches. C’est le meilleur juge. Et ne faisons pas d’histoires pour quelques exemples qu’on peut très bien régler par des méthodes douces. Comme dans toute entreprise, il y a des moyens (primes, promotions, notoriété) pour valoriser ceux qui travaillent plus que d’autres.

Les recherches fondamentales, ne sont pas des actions boursières. Elles n’ont pas vocation à produire plus-values et dividendes.

 

 

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L’université qu’on nous promet: asservissement, inégalité et rivalité

Par Lomadono (http://psycho-descartes.over-blog.com/):
L’université que nous promet le gouvernement prône de nouvelles valeurs : Asservissement, inégalité et rivalité.
Voilà une excellente synthèse qui reflète merveilleusement le point de vue largement dominant des différents acteurs du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Cette réforme de nos institutions (au sens plus large car l’enseignement supérieur et la recherche ne sont pas, loin s’en faut, les seuls concernés) m’inspire 3 sentiments : asservissement, inégalité et rivalité.
Asservissement de notre pensée, asservissement à une rentabilité chiffrable en euros, asservissement à une économie de marché, comme si le savoir pouvait être réduit à une marchandise. Asservissement de notre pensée qui engendrera tout sauf la Découverte et l’évolution de nos connaissances.
Inégalité à tous les niveaux : entre les universités, entre les différentes composantes des universités et entre les personnels de ces différentes composantes (quel qu’en soit le corps), entre les doctorants. Inégalité en conséquence entre les étudiants en terme d’encadrement, de formation, de suivi, de droit d’entrée, de reconnaissance de diplôme, d’avenir…
Rivalité à tous les niveaux de l’université. Rivalité à cause de la modulation des services (en viendra-t-on à se dénoncer les uns les autres pour obtenir les faveurs de la présidence ?), rivalité à cause d’une répartition arbitraire des budgets, rivalité dans la recherche qui divisera nos forces, rivalité pour obtenir une prime, rivalité à terme pour avoir un stylo pour continuer à écrire un peu…
Sans doute trouverez-vous ma vision pessimiste mais je crains qu’elle ne soit le reflet de la réalité qui s’annonce. Certes notre monde actuel n’est pas un parfait modèle de liberté, d’égalité et de fraternité, mais ces 3 valeurs ne sont que davantage mises à mal dans l’idéologie que cherche à nous imposer le gouvernement. Personnellement je ne veux pas de cet avenir pour mes enfants, et vous ?

Enseignement supérieur et recherche: se défendre et proposer

Médiapart, 20 janvier 2009

 

Les principaux syndicats de la recherche et de l’enseignement supérieur appellent à une nouvelle journée de mobilisation mardi 20 janvier. Constatant que les enseignants et les chercheurs ont conduit leur propre réflexion que le gouvernement refuse d’entendre, Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, propose que son parti relaie ces idées au niveau des parlements européen et français, et dans les collectivités territoriales qu’il dirige.

 

Depuis plusieurs semaines, le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche se rebelle : IUT en grève, front très large hostile à la réforme de l’accès au métier des enseignants, motions en nombre contre le projet de décret transformant le statut des enseignants-chercheurs, protestations de présidents d’universités contre la dotation budgétaire prévue par l’Etat, lettre ouverte de la conférence des présidents d’universités à Nicolas Sarkozy, prises de positions des instances scientifiques d’organismes, moratoire des expertises.

 

Comment interpréter une telle levée de boucliers, alors que Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse ne cessent de se féliciter des milliards qui inonderaient ce secteur ? Après 18 mois de pouvoir, on peut mesurer le grand écart entre les discours et les réalités : Sarkozy et Pécresse sont face à l’épreuve des faits.

 

Ainsi, bien que le président se soit engagé à augmenter le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche de 1,8 milliards par an (hors « plan campus »), c’est le secteur qui supporte les plus fortes annulations de crédits en 2008 (450 millions) ! Les budgets 2008 et 2009 stagnent en euros constants, exception faite des sommes pré-affectées pour combler le retard en matière de retraites. Plus de mille emplois seront perdus en 2009 : pour la première fois sans doute dans notre histoire, des suppressions toucheront aussi les universités, dans les plus prestigieuses comme dans les plus pauvres ; pendant ce temps la précarité explose pour tous les métiers des universités et de la recherche. Quant au très contesté « plan-campus », même les parlementaires UMP doutent que les sommes réellement débloquées soient celles qui ont été promises. Le seul financement en très forte croissance est le crédit-impôt recherche des entreprises, sans qu’on ait la moindre étude fiable montrant l’efficacité de ce dispositif pour la recherche privée. Il faudrait plutôt aiguiller correctement les aides de l’Etat pour qu’elles profitent pleinement à tous les stades du développement des PMI-PME.

 

La « réforme » Libertés et responsabilités des universités (LRU), passée dans l’urgence à l’été 2007, loin de répondre aux problèmes existants, en crée de nouveaux, ce qui avait conduit le Parti Socialiste à voter contre cette loi. Le contexte budgétaire aggrave cette situation. A la réception des dotations pour 2009, et des prévisions pour 2010 et 2011, et en raison des transferts de charges de l’état vers les universités induites par la mise en place de la loi LRU, la réalité telle que les universités la vivent est toute différente : de nombreuses universités vont voir leur budget baisser en 2009. Alors faut-il s’étonner de la crise des IUT ? Alors qu’auparavant les IUT (qui font partie des universités) bénéficiaient d’un budget qui leur était directement attribué, prenant en compte leurs spécificités, dorénavant c’est leur université de rattachement qui en dispose et peut donc décider des crédits alloués aux IUT… et éventuellement les raboter pour améliorer à la marge le financement d’autres filières encore plus sous-financées.

 

Le passage en force systématique du ministère a conduit à des protestations très larges contre le projet de réforme de la formation des enseignants, contre la reconnaissance des diplômes profanes des instituts catholiques comme diplômes nationaux et contre le projet d’un nouveau statut des enseignants-chercheurs. Ce dernier, sous couvert de « modulation », prévoit d’augmenter fortement le service d’enseignement des universitaires qui seraient moins bien évalués en tant que chercheurs. Personne n’est dupe : la décision finale, qui est l’apanage du Président d’Université, serait prise à n’en pas douter en fonction des tâches d’enseignement à assurer et non de la qualité de la recherche. Et ce, alors que la qualité des processus d’évaluation se dégrade. Non content de considérer l’enseignement comme une sanction, le gouvernement traite la recherche universitaire comme une variable d’ajustement. Résultat : dans ce contexte de suppressions de postes, on s’achemine vers une baisse du potentiel de recherche dans les universités et un accroissement des conflits internes, alors que le travail collectif, en équipes pédagogiques et de recherche, est la base de l’activité.

 

La « réforme » des organismes de recherche se fait sans la moindre concertation, alors que les instances scientifiques et les organisations représentatives ont fait nombre de propositions. Ils sont progressivement privés des moyens structuraux et financiers pour mettre en œuvre une politique scientifique dans la durée. Les UMR (Unités mixtes de recherche) entre organismes et universités sont mises en cause, et dans leur nombre, et dans leurs possibilités d’action. Le vieux projet de la droite de casser le CNRS est en marche. Cela converge vers une prise en main directe du pouvoir politique sur les orientations de recherche, laquelle est explicitement revendiquée par Nicolas Sarkozy, en contradiction avec les pratiques des grands pays de recherche.

 

Pour le Parti Socialiste, cette situation est insupportable à la fois du fait du profond mépris du gouvernement à l’égard de tous ceux qui ont à cœur de faire fonctionner les laboratoires, les universités et les organismes, et aussi en raison de la gravité de ses conséquences pour l’avenir du pays. Nous demandons instamment au gouvernement de rétablir la sérénité en acceptant de suspendre les réformes en cours, qui ne peuvent être mises en place dans un tel état de défiance. Nous exigeons la transparence sur les comptes, et que les sommes promises soient effectivement versées aux universités, en crédits leur permettant de fonctionner et non pas en placements hypothétiques. Nous réclamons le rétablissement des postes supprimés dans les universités et les organismes de recherche, et une réorientation du budget 2009 permettant les créations d’emplois nécessaires à la mise en oeuvre des missions de ces secteur d’avenir.

 

Nous voulons proposer un avenir à nos universités, nos laboratoires publics et privés et ceux qui en font partie. Cet avenir, il doit être construit collectivement, notamment au travers des batailles qui se mènent aujourd’hui. C’est pourquoi le Parti Socialiste a décidé d’initier une convention sur l’enseignement supérieur et la recherche. Nous souhaitons organiser ce processus largement ouvert en lien avec les autres partis de gauche, et en interaction avec toutes les associations et syndicats qui depuis longtemps font des propositions.

 

Tout d’abord, un audit de la situation réelle et concrète sera réalisé. Que sont devenues réellement les sommes promises ? Quelles sont les conséquences des réformes : pôles de compétitivité, plan campus, plan licence, emplois et précarité ? Ensuite, il s’agira de définir un programme d’action, au niveau européen, national et local. Le niveau européen, d’abord, car les élections européennes doivent permettre de redéfinir la politique conduite en matière de recherche. Il faut que le parlement se saisisse de ce dossier dont il a été trop souvent écarté.

 

Ensuite le niveau national, dans la perspective d’une alternance politique indispensable. Il ne faut pas que l’absence d’une perspective d’alternative soit un frein pour les luttes actuelles. Le niveau local enfin, car la gauche, majoritaire dans les conseils régionaux et généraux, peut y mettre en œuvre une politique ambitieuse, sans toutefois se substituer à un Etat défaillant.

 

Quels seraient les objectifs de cette convention ? D’abord, redonner au savoir la place qui doit être la sienne dans une société moderne, ce qui suppose la liberté d’initiative scientifique des chercheurs et des institutions d’enseignement supérieur et de recherche, dans le cadre des institutions nationales et locales, mais aussi élever le niveau de formation, en garantissant le cadre national des diplômes, et faciliter l’accès à ceux-ci pour les étudiants en difficulté sociale. Simultanément, redéfinir l’action de l’Etat en faveur de la recherche privée, prendre en compte la diversité des attentes de la société (santé, environnement, villes, etc.) et mettre en place un débat permanent entre scientifiques et citoyens. Ensuite, favoriser la coopération entre les établissements de recherche et d’enseignement supérieur, entre leurs personnels, et réduire la bureaucratie dont ils souffrent de plus en plus. Enfin, offrir les statuts qui permettent à la fois qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, et qu’ils attirent la jeune génération, ce qui passe par la réduction drastique de la précarité.

 

Depuis les états généraux de la recherche de 2004, les tentatives de lancer une nouvelle étape de réflexion ont échoué. Et pour cause : le gouvernement s’est moqué de ceux qui avaient conduit ce travail, en prenant le contre-pied de leurs propositions. Dès lors, à quoi bon s’user à nouveau s’il n’y a pas de débouché politique ? C’est ce que le parti socialiste veut offrir aujourd’hui : un débouché à la réflexion collective, qui se traduira par une action au niveau des parlements européen et français, et des collectivités territoriales qu’il dirige avec ses partenaires. Et un programme ambitieux pour la recherche et les universités, dans la perspective des prochaines élections qui devront conduire au pouvoir une équipe tournée vers notre avenir collectif.

La nudité au cinéma

Voici un sujet dont je veux traiter depuis très longtemps, alors que des tas d’évènementss viennent s’entremettre pour m’empêcher de m’exprimer sur cette question de société fondamentale: la nudité au cinéma. L’idée m’en est venue alors que, contemplant un certain nombre de films, il m’est apparu qu’il y avait toujours, ou presque toujours, au moins une scène avec femme nue. Même les américains s’y sont mis. Autrefois pudibond comme pape, c’était tout juste si l’on pouvait entrevoir une bretelle de soutien-gorge. Et voici qu’il y a peu, j’eus le privilège de contempler une femme nue, en entier… de dos.

 

venuscallipyge.1232240130.jpgOr, cette question est de la plus grande importance. Je m’étonne même que notre omniprésident, comme dit le journal volatile, n’ait pas proposé une réforme aussi importante que celle de la publicité sur la télévision publique, quelque chose comme « plus de foufoune avant 22 heures ». Comprenons nous bien: quand je dis « plus de », cela veut dire « davantage », puisqu’on sait qu’après une certaine heure, les chaînes de télévision sont déchaînées à un point tel qu’il devient difficile d’échapper à ces visions… particulières.

 

Tout d’abord, je dois préciser que je ne suis absolument pas hostile à la nudité au cinéma. Au contraire, je suis assez charmé par la beauté de ces corps féminins ainsi exposés aux délices de la contemplation et de l’imagination. Mais, il y a une chose qui ne va pas: hostile comme on sait que je le suis à toute forme de discrimination, je constate qu’il n’y a pas égalité des sexes sur ce sujet.

 

Quoique… Quoiqu’il faille une analyse plus approfondie.

 

La première question est celle de la nécessité artistique. Le réalisateur pourrait-il transmettre son message sans nudité ? Pendant des décennies, on a montré des couples au moment où ils s’allongeaient sur le lit, puis la caméra se tournait vers la fenêtre et… et l’on ne savait rien. Peut-être qu’une fois couché, les membres du couple découvraient leurs imperfections anatomique les rendant incapable de toute copulation. Ou peut-être que le sommier, de mauvaise qualité, s’effondrait sous le poids. Maintenant, aucune tricherie n’est possible. On voit bien que les partenaires sont dévêtus et se chevauchent la plupart du temps. Quoiqu’il reste encore une certaine incertitude: les organes sont-ils bien introduits là où ils devraient l’être et sans qu’on sache vraiment quel orifice est censé être utilisé. Le bénéfice, dans le sens du réalisme supposé, n’est donc pas total.

A propos de réalisme, je me souviens d’une séquence où l’on voyait un couple se partageant  une salle de bains, le matin, avant de partir au travail. Réalisme absolu avec seins et pénis qui pendent. Parfait, mais pour l’érotisme, tintin ! Ceci me ramène justement vers mon propos initial de la détermination de la quantification de la nudité. On va convenir qu’il n’y a pas nudité lorsqu’il n’y a pas un peu de transgression des usages. Ainsi, monter le pied, n’est pas nuditaire. Il en va de même évidemment pour la main, la tête, le dos, etc., etc.  On décidera donc qu’il devrait y avoir exposition nuditive lorsqu’on montrera certaines parties qu’il est usuel de cacher. Nous commencerons donc par le haut, les seins féminins, ceux des hommes pouvant être montrés à tout va sans qu’on y fasse la moindre observation. Il n’est guère de film où l’on ne voit pas une ou plusieurs paires de seins, de façon plus ou moins détaillée avec ou sans mamelon, ce qui peut tout changer. Lors, l’objection vient de suite: l’exposition de mamelles est maintenant affaire commune sur toutes les plages. Peut-on alors parler vraiment de nudité quand on filme des seins? Ou la chose serait-elle saisonnière, comme les « seins en hiver » ? Ou encore, filmer des poitrines féminines dans une chambre à coucher, serait considérée comme exhibition, mais ne le serait point si l’on filmait sur une plage, en été. Cette situation conduit à rejeter la question des seins. Montrer des seins n’est guère plus que de de montrer des genoux avec des jupes courtes ou longues, en hiver ou en été. Il n’ y a donc point de nudité quand on montre des seins. On passera vite sur les fesses. Car sur ce plan, il n’y a guère de différence. Car s’il y a bien des morceaux d’hommes que le cinéma nous montre volontiers, ce sont les fesses. On pourra donc considérer qu’il y a nudité, mais que celle-ci n’est pas traitée différemment pour les hommes et les femmes. femmenueetcochon.1232240896.JPGReste la question du devant. Les devants d’homme ne sont pas très fréquents. Ils sont d’ailleurs exposés en situation basse, ce qui enlève une partie de l’attrait de la chose. Et quant aux femmes, la question du devant est bien décevante. On n’observe rien, sauf une touffe plus ou moins fournie. Mais rien d’autre. Cette touffe sert de dernier vêtement et cache ainsi l’objet de tous les désirs, cet endroit qui, comme le dit Brassens « porte le même nom qu’une foule de gens ». Pourtant cette question du devant est fondamentale. Montrer un devant d’homme, c’est montrer un grand morceau de la bête. Montrer un devant de femme, c’est montrer… rien. Nous voici donc arrivés au terme de notre démonstration qui infirme notre hypothèse initiale. Sachant que montrer des seins de femmes au cinéma n’apporte rien de plus que ce qu’on peut communément observer à la plage, sachant que montrer des fesses ne constitue pas une discrimination car les fesses d’hommes sont traitées comme les fesses de femme, sachant enfin que montrer des devants de femme c’est ne rien montrer, on doit donc considérer que les quelques devants d’hommes qu’il nous arrivent de voir procèdent singulièrement davantage de l’exposition nuditive. La discrimination ne va donc pas dans le sens supposé. Ce sont les hommes qui sont l’objet d’un acharnement voyeuriste, car il sont malheureusement dans l’impossibilité de dissimuler leur organe derrière leur pilosité, hormis, peut-être, certains cas très rares de microscopie pénienne et testiculaire. Il faut donc prendre des mesures pour que soient protégés ces malheureux hommes objets des tendances odieuses de notre société. Où alors, il faut pourvoir à l’égalité de l’exhibition. Ce que réalisent les films diffusés très tard le soir. En raison de leur caractère démocratique et égalitaire, il devient donc nécessaire d’ordonner qu’ils soient projetés dès 20 heures.